L’allégorie de la caverne et la sociocratie

Par Gilles Charest / 2005-10-03

Pour accéder à un mode de gouvernance plus humain, il nous faut inverser les lumières. L’éclairage qui vient de l’intellect nous emmure dans le monde des pensées et des sentiments et nous pousse à croire que nos constructions mentales et sentimentales sont la réalité. Prisonniers de nos croyances et de nos émotions, nous ne voyons plus l’autre Lumière : celle du cœur.

L’allégorie de la caverne de Platon décrit bien le phénomène. Le feu allumé à l’entrée de la caverne pour protéger la tribu des dangers extérieurs projette l’ombre des hommes sur le mur d’en face. Les images fantasmagoriques qui dansent sur la pierre exercent sur eux une telle fascination qu’ils en viennent à confondre ce cinéma avec la réalité. Ensorcelés, ils en oublient peu à peu la splendeur du jour. Malheur à celui qui voudrait les réveiller pour leur rappeler l’importance du monde le la lumière. Cramponnés à leurs phantasmes, ils sont prêts à la violence pour faire taire le messager importun. Seul le malheur, conséquence de cet égarement, pourra encore convaincre les plus sensibles et les plus courageux de chercher leur salut en dehors de la caverne. Telle était à l’époque de Platon la condition de l’être humain aux yeux du philosophe.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les choses ont-elles vraiment changé ? L’intellect, en domestiquant le feu et en glorifiant la technologie, s’est autoproclamé roi de l’univers. Il a usurpé ainsi le pouvoir de l’Esprit. Le langage de la tête a pris le pas sur celui du cœur. Pourtant, si l’intellect est formidable pour construire un pont, il n’est d’aucune utilité pour comprendre le sens de la Vie. Pour cela, l’intuition doit reprendre son rôle de guide par rapport à l’intellect.

La sociocratie, par les 4 règles de communication et de prise de décision qu’elle propose rétablit cet ordre naturel des choses au sein des organisations. 1) Le cercle sociocratique, 2) le mode de décision par consentement, 3) le double lien et 4) l’affectation des membres sur la base du consentement mutuel ouvrent des espaces à l’expression du cœur et à une collaboration soutenue de la tête au service de la Vie. Comment reconnaître la voix du cœur ? Comment lui obéir ? La voie du cœur n’est jamais coercitive. Elle est évocatrice et de ce fait créatrice et transformatrice. Elle fait appel aux valeurs universelles qui sommeillent en chacun de nous révélant ainsi notre nature profonde : celle d’un esprit libre, bienveillant et responsable. La voix de l’intellect déconnectée de l’intuition est forcément dominatrice et violente parce que, sans le soutient de l’esprit, elle s’alimente à nos peurs.

En écrivant ces quelques lignes, je me sens partagé. Tantôt, je prends conscience que depuis Platon, les choses essentielles n’ont pas vraiment changé. Les ombres sur les murs de notre caverne ont beaucoup évolué certes, mais leur pouvoir de fascination a aussi grandi. Je ressens une profonde tristesse quand j’y pense… Tantôt, je me sens privilégié d’entrevoir l’existence d’un monde plus lumineux. Alors je me sens heureux de travailler avec d’autres à semer autour de moi l’espoir que, dans la vie sociale et organisationnelle, puisse s’instaurer la gouvernance du cœur.

« Frappe toi le cœur, c’est là qu’est le génie » disaient les vieux de mon village !

Se pourrait-ils qu’ils aient compris Platon ?